La Grande Aventure, le spectacle, la résidence du Bazar Palace

Écrit par Clotilde Hardeman.

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Ils sont partis à la rencontre du handicap avec enregistreur, caméra, poésie, tout ce qu'ils pouvaient et ont arpenté 6 centres médicaux-sociaux du Var. 
Aujourd'hui, La compagnie Le Bazar Palace est en résidence pour la création du spectacle « La Grande Aventure ». Constance Biasotto, metteure en scène à répondu à quelques questions, et nous révèle les étapes de travail d'une création hors normes.

 

Ce spectacle est-il la finalité de cette « Grande aventure » ?

Ce spectacle est l’objectif qui a coloré les deux ans de travail en centres. Comment je pouvais transformer les échanges, épisodes et rencontres en expériences esthétiques qui soient porteuses de questions plus universelles. On parle assez peu du handicap dans la manière dont on monte le spectacle, on questionne plus la place de la différence ou du non normatif dans une société ultra normée.

Ce que l’on voulait, c’est que les questions soulevées pendant ces deux ans dans les centres soient porteuses de questions plus larges que tout le monde peut se poser, mais on est loin de la question du handicap en lui-même.


Quelles sont les étapes de travail lors de cette résidence ?

On travaille sous forme d’improvisation sur une thématique (ex : qu’est ce qui fait qu’on se sente chez nous quelque part) puis on fixe les idées et on pose ensuite sur le papier. On alterne entre temps de plateau et temps d’écriture. L’idée étant qu’à la fin de la semaine, par le plateau, on ait pu soulever le maximum de questions que l’on voulait aborder pendant ces deux ans.

Dans quelles mesures ces deux ans de « Grande aventure » impactent-ils le spectacle ?

Ça nourrit tout, de l’échange de mails à la rencontre avec quelqu’un, la façon de faire à manger, l’organisation, les changements opérés dans les centres notamment la création d’un internat, toutes ces questions-là nourrissent le propos.

En tant que metteure en scène il ne faut pas se perdre dans la multitude de questions et trouver la thématique centrale qui les regroupe tous. Pour nous cette thématique c’est la question de LA PLACE.
Et l’angle d’attaque c’est la bataille ; Car pendant ces deux ans on a été constamment en lutte, avec nous-même, avec les équipes que l’on a amenées là-bas, avec les institutions et le personnel mais aussi avec les personnes en situation de handicap. C’était une bataille constante pour trouver sa place dans ces centres alors que nous étions invités, et c’est une bataille pour les handicapés aussi pour trouver leur place dans une société où ils ne sont pas intégrés.

L’objectif dans ce projet était de faire circuler les pensées, les énergies, les pratiques, les gens et on s’aperçoit que même quand on a la volonté de faire circuler, il faut être d’abord être clair avec d'où on part et où l'on veut aller et ce n’est pas si évidant.


Vers quelle forme théâtrale vous orientez-vous ?

C’est un spectacle d’une heure dans lequel on ne sollicite pas le spectateur, c’est une forme hybride qui fait appel à la danse, à la musique et à l’art plastique.

Le format se rapproche de celui du 6.40, avec la vidéo, le son et l’engagement physique très fort et ça fonctionne aussi sous forme de vignettes qui durent plus ou moins longtemps, c’est une forme de questions/réponses au plateau.


Avez-vous utilisé des moments marquants que vous avez vécus, dans la création de ce spectacle ?

Dans l’équipe on n’a pas forcément les mêmes moments marquants, on les utilise, mais la difficulté c’est de ne pas les illustrer ni de les imiter mais d’essayer d’en faire sortir la force poétique. On essaie d’extraire de ces moments-là ce qui nous questionne nous en tant qu’artiste mais aussi la portée sociale. On travaille à partir de sensations vécues et racontées au reste de l’équipe. L’autre difficulté c’est de ne pas être dans le jugement, ce n’est pas notre rôle, et en même temps ça soulève des questions de fond liées à la société et non aux centres sur les conditions de travail. C’est pour que ça que le système de vignettes permet d’exposer une pensée et d’ensuite en présenter le contre point, comme sur la question des traitements médicaux par exemple.


Comment as-tu imaginé la première représentation du spectacle ?

Il y a pas mal de centres qui vont pouvoir assister aux répétitions, rencontrer les interprètes car ce n’est pas l’équipe qu’ils ont rencontrés pendant ces deux ans.

Après on ne peut pas décider de ce qu’il va se passer dans la tête des spectateurs, notre but c’est d’être cohérents avec la question que pose le spectacle. Mais globalement, même si on essaie de faire du tout public, la question de la bataille, du handicap et de la place dans la société, fait que ce n’est pas un spectacle ultra léger. On essaie cependant d’intégrer des épisodes de contre point qui permettent de prendre du recul en tant qu’équipe artistique et j’espère en tant que spectateur.


Voyez-vous ce spectacle comme un « one shot » ?

L’ambition de départ n’est pas de faire tourner ce spectacle néanmoins avec l’équipe du PJP on s’est posé la question de la pertinence. Car ce projet entre dans le cadre des « projets artistiques de territoire » et la question est alors : est-ce encore pertinent si on change de territoire ?

Ce qui a été produit au colloque est par exemple tout à fait déplaçable, c’est une expérience qui peut servir d’appui. Dans ce spectacle on essaie de ne pas personnaliser le spectacle avec des noms par exemple.

De plus, on ne le travaille que pour les dates du 29 et 30 avril, et économiquement parlant on fait tout comme un « one shot » avec notamment une grosse création lumière qui prend une grande partie de la scénographie, puisque la lumière est présente dans les théâtres. On investira dans les costumes mais que l’on pourra réutiliser, on travaille de ce fait sur du plateau nu. Et pour moi c’est aussi un confort que de travailler de cette manière car on crée pour le lieu et il n’y a pas d’adaptation à établir.