Jour 2

Écrit par Graziella Végis.

9h30 café puis on se chauffe les mains et on les pose sur les yeux, jusqu’à ce qu’on sente l’arrière des yeux se détendre complètement. Puis, Yessa Haissa, Yessa Haissa, Yessa Haissa, tire pousse tire pousse de plus en plus vite, en rythme avec la voix, avec le corps, galériens sans rame, bateau sans mer, changement de pied, mmmmmmmmmmmmmmm, mains ensemble, les corps se détendent, c’est l’échauffement de ce deuxième jour avant de partir en promenade dans le village du Revest.

Promenade active et créative, puisqu’il s’agit d’aller à la pêche à la ligne pour la mettre en boite. On est toujours dans la consigne de l’exploration de l’asymétrie, cette fois plus dans notre corps mais dans notre environnement.
C’est une histoire de regard renchérit Isabelle sur les tentatives de Christophe à nous inciter à regarder les objets et les lieux quotidiens comme s’ils nous étaient inconnus, comme si on les découvrait pour la première fois.
Ainsi, armés d’appareils photos, nous prîmes la route, à l’affût du détail permettant d’enrichir la banque d’images, commencée la veille. Suivre la ligne, les lignes, de loin, de très près, tout y passe, le banc contre un mur, le mur de pierre, l’angle de maison, le coquelicot avec l’araignée, le sens interdit avec sa ligne blanche, la feuille d’agave, les balustres, les grilles, les échafaudages, les tuiles romaines, les épines de cactus, la rose, la façade de maison avec sa boite aux lettres, le fond du seau, le mur décrépi, le chat avec sa queue en l’air, le papillon, la flèche sur la route.
Plus de 600 photos au total, qu’il a fallu ensuite visionner, trier pour n’en retenir qu’une vingtaine. Merci Christophe.
Pause déjeuner, au menu, poulet gratin de courgettes, café pris au coin lecture pendant la lecture d’un extrait du Tambour de Günter Grass, ce passage où le personnage principal se retrouve plongé dans son enfance, à trois ans avec ses rêves de conduire les adultes dans son univers. Puis on choisit au hasard trois mots chacun, pour écrire en 10 minutes un portrait d’enfant. On écrit, on lit, on rit, tout le monde joue le jeu.
Puis retour sur le plateau, petit échauffement pour se remettre en condition, pour rentrer dans les images. En effet, il s’agit maintenant de reprendre ce qu’on a fait hier, sur les images d’aujourd’hui, devant l’écran, loin puis plus près de la lumière, chercher le détail sur son propre corps, l’isoler, le faire vivre indépendamment, raconter une histoire, jouer pour donner un autre sens à ce qu’on voit, donner à entendre des détails mémorisés…
Dernière improvisation, une personne sur le plateau, les images qui défilent de manière aléatoire, la promenade du matin à raconter, en pensant à tout ce qu’on a fait ces deux jours, l’image, le détail, la lumière, le public, l’espace…
Regardez-vous, regardez-nous, encore une consigne d’Isabelle et Paolo, on l’avait presque oublié celle-là.
Graziella