Interview de la compagnie Grand Bal en résidence au PôleJeunePublic

Écrit par Clotilde Hardeman.

 

La compagnie Grand Bal, compagnie de danse toulonnaise s’est installée en résidence du 14 au 19 Novembre au PôleJeunePublic pour travailler sur leur projet hybride entre danse et scénographie numérique. Isabelle Magnin et Axel Queval ont accepté de répondre à quelques questions :

 

Peux-tu nous parler de la Grand Bal, de sa genèse, qui la compose et qu’est-ce que vous y faites. Y a-t-il un fil conducteur dans tous tes travaux/ créations ?

Isabelle : J’ai commencé à créer des spectacles en 1992, tout en étant interprète, ce n’était pas un flux continu. Je suis passée par la compagnie Renaud-Barrault, c’est là où j’ai découvert le décloisonnement du langage artistique. En partant de là, j’ai très vite fais le choix de travailler avec des groupes qui n’étaient pas professionnels. C’est ce qu’on appelle « participatif » aujourd’hui. J’ai vraiment travaillé par très gros concepts, sur une déclinaison de structures scénographiques pendant 10 ans, et j’en ai fait 9 pièces. L’idée était de ne jamais enfermer la danse dans un endroit sacralisé. Comme on peut le voir dans la pièce « Le vol d’Icare » et sa boîte. Je ne veux pas faire « pour » mais « avec » le public, maintenant, je me pose de plus en plus la question de ne pas faire face au public mais d’être aux côtés de celui-ci. J’ai découvert le travail du numérique grâce à Caillou Mickael Varlet, qui a d’abord été photographe de la compagnie, puis qui a réalisé des vidéos pour celle-ci, puis nous avons co-écrit des web-projets et des formes hybrides, où le numérique répondait à la danse.

Pouvez-vous  nous parler de vos formations artistiques respectives ?

Isabelle : J’ai étudié la danse contemporaine en France et aux Etats-Unis, j’ai également été formatrice pour des personnes dans différents  contextes, dans le cadre de la protection judiciaire de la jeunesse, du handicap … En fait, tu as ta formation théorique, mais c’est surtout les rencontres et les expériences qui te construisent encore plus.

Axel : Je participe beaucoup à la vie de mon école de danse depuis environ quatorze ans (praticien, professeur…). J’ai une remise à niveau en art appliqué, ce qui m’a permis d’explorer différents types d’arts comme l’écrit le dessin… puis au niveau du numérique, scénographie, photographie et vidéo, de partir en autodidacte. On peut dire que c’est Caillou qui m’a formé à cet art, me permettant d’apprendre sur le tas, et de me lancer dans le métier.

Dans quel but fais-tu cette résidence ?

Isabelle : Depuis quelques temps, je me pose la question : Si on ne donnait plus de consignes ou d’injonctions aux gens, mais on  les invitait au mouvement par une proposition sensible. Cette résidence, c’est expérimenter autant que possible tout le sensible du jeu et ce qui peut découler du numérique. On veut travailler sur l’intuition et sur le ressenti. Quel pourrait être un ressenti sans qu’on vous dise ce que vous avez à faire, et comment se formerait un chœur commun ? On cherche à savoir quelles sont les choses invitantes.

On va expérimenter ça pendant longtemps, trouver un fil conducteur qui n’exclue personne. L’idée c’est que durant la saison 2018/2019 on crée un « acte artistique », dont le propos est « Bienvenue à bord » et « Bonne traversée ! ». Il y aura 30 minutes de cette traversée sensible dans laquelle les corps se mettront en mouvement. Puis ils se verront au travers d’une vidéo, dans ce qu’ils ont vécu : on aura donné à vivre, et après on donnera seulement à voir.

Pourquoi cette collaboration entre vous deux ?

Isabelle : On a travaillé ensemble pour la première fois en septembre 2016 sur le projet « Carte d’identité chorégraphique », et on s’est plutôt bien entendu. Nous avons  travaillé sur le projet vidéo, mais pas encore sur le projet scénographie numérique.

Comment organisez-vous votre travail durant cette résidence ?

Isabelle : En fait, moi j’ai toujours travaillé avec des gens aux formations très différentes des miennes, et j’ai la « porte du délire » très ouverte ! Mais on a le droit de me dire que c’est n’importe quoi ! En fait, souvent je donne les cadres mais je n’ai pas la matière technologique.

Axel : On est tous les deux dans quelque chose d’assez ouvert, on se propose des choses mais on se met des stop aussi, on est  très à l’écoute l’un de l’autre, ce qui permet de trouver différents chemins techniques pour arriver à ce que veut Isabelle

Pourquoi avoir choisi le PôleJeunePublic pour cette résidence ?

C’est venu avec « les cartes d’identités chorégraphiques » et c’était la première structure artistique à co-produire une carte d’identité chorégraphique avec l’école du Revest. Le Pôle Jeune Public s’est inscrit dans une démarche de ne plus travailler « pour » mais « avec ».

Avez-vous d’autres résidences de prévues ?

J’en ai une autre en Janvier ici, au PJP et là je travaillerais plus sur la matière chorégraphique contrairement à cette résidence où l’on s’est plus penché sur la scénographie numérique et le sensible. Puis j’ai une résidence en mai dans l’Aveyron.

Comment allies-tu la projection numérique et l’espace scénique pour les corps ?

Axel : On travaille avec de la fumée, qui est un élément qui nous permet de beaucoup bouger et d’avoir la réflexion de la lumière et ça nous laisse pas mal de possibilités pour gérer l’espace. Ensuite on travaille avec trois vidéos-projecteurs, un qui prend une grande zone, un autre qui va prendre complétement un autre angle plus un  petit vidéoprojecteur. Cela nous permet de switcher avec des images plus petites lorsqu’on est  dans un espace plus restreint et lorsqu’on a des plus grands espace,s on peut utiliser un vidéoprojecteur plus grand. En fait il faut aligner le matériel en fonction de l’espace dont on dispose. Mais on a aussi des contraintes si l’on veut bouger le matériel par exemple.

Isabelle : On sait qu’une scénographie numérique peut être un vrai élément artistique, c’est cinétique et la danse est cinétique.

Au niveau des logiciels qu’utilises-tu ?

Axel : Dans un premier temps, j’utilise Photoshop pour les images 2D que je vais projeter, puis Adobe Première, Indisign et After Effect. Ensuite, je dois travailler obligatoirement sur des programmes qui se contrôlent en live étant donné qu’on n’a pas les mêmes rythmiques, ici j’utilise MadMapper, principalement mais je peux aussi utiliser Modulate.

 

Quel est le propos chorégraphique de ta création ? Que veux-tu transmettre à travers ton travail et que veux-tu partager ? Et par quels moyens ?

Le seul propos chorégraphique et d’inviter les personnes à faire des choses et qu’à la fin quand ils se voient, ils se disent « on était danseurs ». C’est allé à la recherche de l’être dansant qui est en chacun de nous, et comment un groupe peut faire corps. On filmera de l’extérieur, mais la sensation de l’intérieur sera complétement différente.

Que penses-tu de la danse contemporaine de nos jours ? Quel usage en fais-tu ?

Je ne sais pas si j’en fais un usage mais par contre je ne me pose pas la question d’allé voir de la danse contemporaine ou pas, je vais voir de la danse. Ce qui m’intéresse le plus aujourd’hui, c’est qu’on commence à moins catégoriser les danses et ça cloisonne de moins en moins. La performance pour la performance ce n’est pas mon truc, s’il n’y a pas du sensible et de sens du jeu ça m’intéresse moins.

Axel : As-tu le même regard sur la danse contemporaine depuis que tu travailles avec Isabelle ?

Dès mes 14 ans, la directrice de mon école de danse a commencé à nous faire des ateliers de danse contemporaine, j’en ai fait sans en faire et de ce fait je l’ai toujours apprécié sans vraiment la connaitre et j’apprends toujours.

Quelles attentes personnelles  avais tu lors de la création et des ateliers ?

J’ai passé une vie à ne pas penser à une esthétique mais à transposer une éthique. Comme la série des pièces « Le vol d’Icare » c’est un hommage à Mandela, j’ai toujours été engagée depuis que j’ai 20 ans. Maintenant c’est posé la question d’une société mixte pour qu’on se sente exister. Et donc ce projet, ça parle du « faire corps social » et du « vivre ensemble ».

Axel : C’est de m’améliorer dans la scénographie et d’essayer d’apporter quelque chose à Caillou et à la compagnie. Mais surtout, j’ai hâte de voir la manière dont les enfants vont réagir lors des ateliers  et si l’invitation sera acceptée

 

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